Nous étions le 11 juillet 2004. Je n’étais pas encore de ce monde.
Ma mère était un beau labrador d’un an et demi à peine, nommée Plume. Elle avait grandi dans un foyer aimant, entourée d’enfants, avec des maîtres gentils qui lui avaient donné beaucoup d’amour. Son maître s’appelait Thomas, il l’avait éduquée, soignée et chouchoutée avec sa femme Jessy.
Ma mère étant toute jeune, elle était très vive, et souvent, Thomas et Jessy avaient eu peur qu’elle blesse un de leur enfant, mais jamais il ne leur était venu à l’esprit de l’abandonner.
Et pourtant, un jour ils apprirent que Plume attendait des petits, ils virent alors toute une troupe de petits chiots très excités qui débarquaient dans leur maison, faisant intrusion dans leur vie, risquant sans aucun doute mordre un de leur enfant. A partir de ce jour, ils commencèrent à réfléchir sérieusement à l’hypothèse du refuge, mais trouvant ça trop humiliant, ils se tournèrent vers l’abandon.
Et donc, ce 11 juillet 2004, les enfants durent dire adieu à leur amie en pleurant et en demandant à leurs parents pourquoi Plume devait partir. Ils n’obtinrent jamais la réponse. Jessy pleurait aussi. Elle était très triste de devoir se séparer de son chien, son compagnon, celle avec qui elle avait passé tellement de bons moments. Elle étreignit désespérément son chien, elle lui dit tout l’amour qu’elle avait pour elle, pour la dernière fois. Thomas était lui aussi au bord des larmes, se rappelant le jour où il était allé chercher sa petite boule de poils encore bébé chez un éleveur, le jour où elle s’était sauvée et où il avait passé deux jour entier dehors à la chercher, pour se rendre finalement compte qu’elle était revenue seule à la maison, le jour où elle avait gagné son premier concours. Tant de souvenirs lui embrouillaient l’esprit qu’il avait du mal à contenir ses sentiments. Mais il ne devait pas pleurer devant ses enfants. C’était pour eux qu’il faisait ça.
Il attacha une dernière fois la laisse au collier de Plume et la fit montrer une dernière fois dans la voiture. Il démarra, et pris la direction de la forêt. Il n’eu pas le courage de regarder en arrière, de regarder sa famille, en pleurs, lui dire au revoir avec des signes de la main. Ma mère ne comprenait pas vraiment se qui se passait, mais savait que ce n’était pas habituel. Elle lança un regard interrogateur à Thomas, passa sa tête au dessus du siège de son maître et lui lécha une dernière fois l’oreille, mais elle, elle ne savait pas que s’était la dernière fois. Les larmes commencèrent à couler lentement sur les joues de Thomas. La tristesse lui transperçait le cœur, il avait beau se répéter intérieurement qu’il faisait ça pour ses fils, au fond de lui il ne voulait pas le faire. Plume avait été une révolution dans sa vie, l’emplissant de joie, de gaité et d’amour. Et pourtant il ne fit pas demi-tour.
Lorsque, arrivé à l’orée de la forêt, il fit sortir Plume et qu’elle lui sauta au cou, Thomas s’effondra de douleur. La douleur du cœur. La pire qu’il n’est eu à rencontrer jusqu’à présent. Il était là, seul avec son chien et sa voiture, étalé parterre, en larmes, criant presque de douleur, serrant son chien contre sa poitrine en répétant inlassablement « je t’aime » à l’oreille de ce qui fut sa lumière, sa compagnie, sa dose d’amour gratuite.
Au bout d’une heure il se contraint enfin à lâcher Plume. Elle le regardait, il la regardait, ils se regardaient. Leurs regards exprimaient la même tristesse, la même douleur. Ma mère avait compris. Et elle ressentait la même chose que son maître, comme si les émotions de celui-ci s’étaient glissées en elle, par ce lien qui les unissait depuis le jour où il l’avait étreint pour la première fois, depuis ce jour là, où il était venu la chercher. Mais cette étreinte là était différente de la première, elle était complètement folle et désespérée, triste et forte.
Thomas se leva donc, ses jambes tremblaient, ses yeux avaient rougit d’avoir trop pleuré, ses traits, fins d’habitude, étaient déformés, par la torture qu’il vivait dans sa tête. Plume le regardait toujours, assise à ses pied elle attendait de savoir ce qu’allait maintenant faire l’homme qu’elle aimait tant. Thomas ramassa la laisse de Plume, et entraina sa chienne dans la forêt. Il s’enfonça loin, très loin, pour que même lui ne puisse pas la retrouver. Il chercha un endroit à l’ombre, et un minimum confortable. Lorsqu’il trouva enfin le bon endroit, il faisait presque nuit. Thomas embrassa une dernière fois Plume sur la truffe, et Plume lécha une dernière fois Thomas sur le nez. Celui-ci attacha ensuite la laisse de son chien à l’arbre, se tourna pour ne pas pleuré, et reparti, laissant sa là sa chienne enceinte de 12 chiots, dont moi, il ne pensait pas à ce moment là qu’il venait d’assurer à 12 bébés une vie de simple enfer, avant même qu’ils soient nés.
C’était un beau mercredi d’été, la chaleur était étouffante, et pas une seule petite brise ne venait rafraichir cette journée.
Nous étions le 11 juillet 2004. Je n’étais pas encore de ce monde.